Hérault Tribune

Étang de Thau : le député Sylvain Carrière alerte sur la “situation catastrophique de la conchyliculture"

Lors d’une intervention à l’Assemblée nationale, le député LFI Sylvain Carrière a tiré la sonnette d’alarme mardi 4 février sur les multiples difficultés auxquelles font face les éleveurs d’huîtres, entre salinité croissante et pression de l'urbanisme.

par Thea Ollivier

Publié le 4 février 2025 à 18h02 · Modifié le 6 janvier 2026 à 23h03

Sylvain Carrière à l'Assemblée nationale le 4 février 2025. © Capture d'écran de son intervention

Sylvain Carrière a pris le micro dans les rangs de l’Assemblée nationale le mardi 4 février, pour s’adresser à la ministre de l’Agriculture, pourtant absente en cette matinée. Le député LFI de 8ème circonscription de l’Hérault a voulu alerter sur “la situation catastrophique de la conchyliculture". 

Il a d’abord dressé un bilan bien sombre de la filière qui fait face à une forte mortalité des huîtres, notamment à cause de la propagation du  vibrio aestuarianus, ce virus inoffensif mais qui tue le coquillage à l’âge adulte. 

Augmentation de la salinité de l'étang de Thau

L’étang de Thau subit de plein fouet l’activité humaine, le changement climatique a entraîné l’effondrement des précipitations, une évaporation accrue, une acidification de l’eau et une augmentation de sa température. La pression anthropique avec l'urbanisation réduit l’écoulement naturel et limite l’alimentation de la nappe phréatique en eau douce et en nutriments”, décrit Sylvain Carrière d’une traite.

En conséquence, la salinité de l’étang augmente fortement : elle était à 32 grammes par litre il y a quelques années, mais elle est aujourd’hui constamment à 38 grammes par litre, qui est le seuil de mortalité, avec des pics à 42 grammes par litre”, continue-t-il.  

Le député pointe aussi du doigt la pollution de l’eau, “conséquence de la pression anthropique”, avec des projets d’urbanisation à Sète ou à Marseillan alors que les réseaux d’assainissements sont saturés. Une pollution qui a provoqué à plusieurs reprises des interdictions de commercialisation pour des raisons sanitaires, à cause du norovirus

Aider les conchyliculteurs

Le député demande alors à aider les conchyliculteurs à gérer leur trésorerie. Dans le viseur : le FEAMPA, le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA), qui a notamment pour vocation de contribuer à l’atténuation du changement climatique ainsi qu’à l’adaptation face à celui-ci. 

Ce fonds vise à pallier les chutes de chiffres d’affaires mais il n’a pu bénéficier à un seul conchyliculteur sur les 130 qui ont déclaré une perte en 2023. Car ces derniers sont obligés de faire de l’achat revente qui impacte leur marge brute et non pas leur chiffre d’affaires. Il s’agit donc de raisonner en marge brute plus révélatrice de la crise”, détaille M. Carrière. Il pose donc la question d’effectuer “une refonte des critères d’éligibilité aux FEAMPA correspondant aux besoins de la filière”, alors que ce fonds est voté et discuté au niveau européen par les différents ministres de l'agriculture.

Le député demande aussi des “mesures concrètes” sont envisagées pour “résorber la question de la salinisation de l’étang de Thau”.

1,5 millions d'euros pour de la recherche

En l'absence de la ministre de l'agriculture, Véronique Louwagie, ministre déléguée chargée du Commerce, de l'Artisanat, des Petites et Moyennes entreprises et de l'Économie sociale et solidaire, a répondu que le gouvernement était “attentif à la situation des conchyliculteurs” et qu’il a “pris la mesure des difficultés de la profession touchée par une baisse des ventes due à une désaffection des consommateurs”. Par exemple, elle a rappelé que début 2024, les redevances domaniales ont été réduites “jusqu’à 90% pour les entreprises ayant fait l’objet d’une fermeture sanitaire”. 

Concernant les mortalités sur l’étang de Thau, “l’État cofinancera le projet Spread s’élevant à 1,5 millions d’euros pour approfondir les causes de survenance et de virulence de ce virus”, a annoncé le ministère de l’agriculture. 

C’est un “effort nécessaire certes, mais loin des attentes des acteurs de la filière, pour qui la trésorerie et le maintien d’une salinité de l’eau en dessous d’un seuil de mortalité pour les coquillages sont les premières demandes”, a réagi Sylvain Carrière dans un communiqué. “Je reste particulièrement vigilant quant à la réforme nécessaire du FEAMPA, à laquelle Mme la Ministre n’a apporté aucune réponse pour l’heure.

"Heureusement le dispositif de recherche Spread est enfin lancé mais on ne peut pas attendre ses réponses dans plusieurs années. Le temps presse, il y a urgence à sauver la filière aujourd'hui, alors que les acteurs craignent qu'elle disparaisse dans moins de cinq ans", complète le député dans une interview à Hérault Tribune. Il ajoute que des courriers adressés à la ministre de l'agriculture sont en train d'être rédigés dans l'espoir d'obtenir des réponses écrites concrètes.