Ils étaient présents dès 6 heures du matin sous l’Arc de Triomphe, où ils sont venus déverser du foin, des vignes arrachées et leur colère, avant de s’installer place du Marché aux fleurs. Objectif affiché : maintenir la pression sur l’État, dans un contexte national de grogne agricole qui ne faiblit pas. Peu avant 9h30, Chantal Mauchet est descendue sous les fenêtres de la préfecture pour échanger avec les agriculteurs mobilisés depuis l’aube. "Je suis venue pour vous saluer, pour vous écouter", a-t-elle affirmé d’emblée, insistant sur la reconnaissance de l’engagement syndical et sur la présence de l’État "à vos côtés".
La préfète a rappelé que les discussions engagées en 2024 avaient conduit à l’adoption d’une loi, même si certains décrets d’application sont encore attendus. Elle a mis en avant des mesures déjà engagées sur la simplification des normes, notamment administratives et environnementales, tout en soulignant que plusieurs leviers relèvent d’échelons différents, du niveau européen au niveau local. Sur ce dernier point, elle a insisté sur la capacité d’action des services départementaux, appelés à travailler en proximité avec les exploitants.
Une partie de son intervention a porté sur les enjeux sanitaires, en particulier la vaccination des troupeaux, présentée comme un acte de solidarité indispensable pour éviter des abattages aux conséquences lourdes pour les éleveurs. Forte de son expérience dans son précédent département de l'Ain, la préfète a rappelé les traumatismes liés aux foyers infectieux et la nécessité d’anticiper pour sécuriser les filières. Elle a également évoqué des chantiers en cours, comme un plan national d’action et d’arrachage, encore conditionné à des arbitrages budgétaires, tout en se disant prête à accompagner les transformations nécessaires avec les professionnels.
"On veut juste un revenu décent"
Cette prise de parole intervenait face à une mobilisation organisée par les Jeunes Agriculteurs de l’Hérault, la FDSEA 34 et des conchyliculteurs. Au cœur des revendications, la question du revenu agricole et du poids des charges. Pour Annabelle Decoursière, secrétaire générale des Jeunes Agriculteurs et maraîchère à Avène, la ligne est claire, "il faut baisser nos charges et augmenter nos rémunérations. Vu le nombre d’heures que l’on fait, on veut juste un revenu décent." Sur le dossier du Mercosur, elle assume une position ferme : "Ça va être compliqué mais on doit garder la position du non, on ne doit pas changer de discours."
Pour Rémi Dumas, président des Jeunes Agriculteurs de l’Hérault, la mobilisation visait aussi à provoquer une rencontre rapide avec la nouvelle préfète, afin d'aller au devant "de très nombreux sujets à traiter". Il rappelle le poids stratégique du secteur agricole dans le département et alerte sur les effets cumulés des normes, de la concurrence internationale et du manque de visibilité politique. "On n’a pas de vision claire de ce que le gouvernement veut pour l’agriculture française", déplore-t-il, évoquant un métier de moins en moins attractif faute de revenus suffisants.





