Sous le soleil de Marsillargues, une parcelle de 1000 m² abrite désormais six variétés de pommiers, alignées sous des panneaux solaires montés sur trackers. Cette structure innovante, surélevée à 4,5 mètres, permet le passage des engins agricoles tout en modulant l’ombre portée sur les arbres. Baptisé “Evapore”, le dispositif entend tester l’efficacité de l’agrivoltaïsme en conditions réelles.
"Première expérimentation en France"
"Les fruits peuvent prendre des coups de soleil, ils brûlent", explique une salariée de SudExpé, l’institut technique héraultais partenaire du projet, lors d'une visite de l'installation. En filtrant les rayons les plus intenses, les panneaux devraient limiter les stress thermiques et hydriques. "Il y a des capteurs dans le sol, pour mesurer l’eau, mais aussi dans le tronc, pour voir la pression nécessaire à la plante pour aspirer l’eau", poursuit-elle. Ces données sont croisées avec des séries historiques pour ajuster au mieux l’irrigation.
Pour EDF Power Solutions, cette installation marque une nouvelle étape. "Avec des pommes, c’est la première expérimentation en France", souligne Khalid Radouane, directeur des nouvelles technologies. Après des essais sur cultures maraîchères, rizières et vignes, l’entreprise affine sa connaissance des différents systèmes agricoles. "Les panneaux protègent aussi contre la grêle et le gel", ajoute-t-il pour souligner l'intérêt agronomique immédiat.
L’objectif est double : adapter les cultures aux aléas climatiques tout en assurant la rentabilité économique des exploitations. "Nous allons tester la valeur ajoutée sur les cultures par rapport à différents aléas", résume Jérôme Despey, président de la chambre d’agriculture de l’Hérault.
"La priorité de l’expérimentation est double pour le monde agricole"
À l’échelle nationale, le préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch rappelle les enjeux : "On a besoin de décarboner". Face à l’urgence énergétique et aux limites de disponibilité du nucléaire à court terme, "il faut produire plus d’électricité", souligne-t-il, estimant que "les énergies renouvelables doivent être développées". Dans cette perspective, l’agrivoltaïsme apparaît comme une solution à la fois agricole et énergétique. "La priorité de l’expérimentation est double pour le monde agricole : éviter les effets du changement climatique mais aussi voir comment ces énergies apportent un complément de revenus aux agriculteurs", ajoute le représentant de l'Etat.
Chaque ligne de pommiers a été pensée comme un micro-laboratoire. "Nous avons planté six variétés dont deux d’importance économique mais aussi des locales. Chaque variété a sa rangée", précise la salariée de SudExpé. L’évolution des arbres, la croissance des fruits et les réponses aux microclimats créés par l’ombrage des panneaux feront l’objet de relevés précis. Une parcelle témoin adjacente, non équipée de panneaux, permettra de comparer les résultats sur la durée.
Le projet Evapore, soutenu par l’Ademe et mené en partenariat avec Cybeletech s’appuie sur la modélisation numérique pour simuler le comportement des cultures face aux contraintes climatiques. Ce croisement entre agriculture de précision et production énergétique ouvre des pistes concrètes pour l’adaptation du monde agricole. Les conclusions de cette expérimentation, prévue sur au moins trois ans, pourraient servir de base à de futures installations dans la région et au-delà.





