Hérault Tribune

Dermatose : « Protéger plutôt que détruire », Jérôme Despey demande l’extension de la vaccination à tout l’Hérault

Face au risque d’abattage des troupeaux, Jérôme Despey, vice-président de la FNSEA et président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, appelle l’État à changer de stratégie et réclame une vaccination étendue à l’ensemble de l’Hérault.

par Elodie GREFFIN

Publié le 15 décembre 2025 à 17h34 · Modifié le 7 janvier 2026 à 22h09

Jérôme Despey, vice président de la FNSEA et président de la Chambre d'Agriculture de l'Hérault. ©E.G. / Hérault Tribune

Depuis plusieurs jours, les éleveurs bovins de l’Hérault et d’une partie de la région se mobilisent contre la stratégie sanitaire imposée par l’État pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse. Si aucun cas n’est à ce jour recensé dans le département, la confirmation récente d’un foyer dans l’Aude voisin et la mise en place de zones réglementées ravivent les inquiétudes. Au cœur de la contestation, le principe de l’abattage systématique des troupeaux, jugé disproportionné par une profession déjà fragilisée.

Une mobilisation contre l'abattage systématique

Depuis le week-end dernier, les manifestations se succèdent dans l’Hérault. Éleveurs bovins et autres agriculteurs dénoncent les campagnes d’abattage imposées par le gouvernement dès la confirmation d’un cas de dermatose nodulaire contagieuse. Selon eux, cette stratégie, fondée sur l’élimination totale des troupeaux concernés, ne tient pas suffisamment compte des réalités économiques et humaines des exploitations. La crainte est d’autant plus forte que, dans des départements comme l’Ariège, des troupeaux entiers ont été abattus ces dernières semaines. Pour les éleveurs héraultais, le risque est de voir s’appliquer localement les mêmes méthodes, malgré l’absence actuelle de cas avéré dans le département.

Une maladie animale, sans risque pour l’homme

La dermatose nodulaire contagieuse est une maladie virale qui touche exclusivement les bovins. Elle n’est pas transmissible à l’homme, mais provoque des lésions cutanées sévères chez les animaux et entraîne de lourdes conséquences sanitaires. Le protocole national prévoit qu’à partir de la confirmation d’un foyer, l’ensemble du cheptel de l’exploitation concernée soit abattu afin de limiter la propagation du virus. C’est précisément cette réponse automatique que les manifestants qualifient aujourd’hui de disproportionnée, plaidant pour une stratégie alternative reposant davantage sur la vaccination et la prévention.

Un foyer confirmé dans l’Aude, l’Hérault sous surveillance

La tension est montée d’un cran avec la confirmation d’un foyer de dermatose nodulaire contagieuse bovine sur la commune de Pomas, dans le département de l’Aude, ce dimanche 14 décembre 2025. En réponse, le préfet de l’Hérault a signé un arrêté préfectoral définissant les mesures applicables dans les communes placées en zone réglementée. Dans ces zones, tous les mouvements de bovins à partir ou à destination des établissements concernés sont interdits. La vaccination y est rendue obligatoire, avec une prise en charge intégrale des coûts par l’État. Les foires, marchés, expositions et autres rassemblements de bovins restent interdits sur l’ensemble du territoire. Ces mesures ne concernent pas les autres espèces animales. Les 18 communes de l’Hérault placées en zone réglementée sont : Aignes, Aigues-Vives, Azillanet, Beaufort, Boisset, Cassagnoles, La Caunette, Cesseras, Félines-Minervois, Ferrals-les-Montagnes, La Livinière, Minerve, Olonzac, Oupia, Rieussec, Siran, Vélieux et Verreries-de-Moussans.

« C’est vraiment anxiogène »

Vice-président de la FNSEA et président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, Jérôme Despey a tenu à rencontrer l’ensemble des éleveurs bovins du département avant de se rendre à Toulouse pour porter leur position auprès de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. Il explique sa démarche : "En tant que président de la Chambre de l’Agriculture, je souhaitais pouvoir rencontrer tous les éleveurs de bovins du département de l’Hérault. D’abord, parce que moi je veux apporter vraiment mon soutien aux éleveurs qui vivent des moments de très grande difficulté". Même sans cas déclaré dans l’Hérault, l’inquiétude est omniprésente : "C’est vraiment anxiogène, même s’il n’y a pas pour l’instant de cas avéré dans le département de l’Hérault. Mais le but, c’était qu’on privilégie la discussion, le dialogue, que chacun puisse s’exprimer dans le respect mutuel".

Une concertation avec l’État et les services sanitaires

Face aux nombreuses interrogations, Jérôme Despey a également rencontré le préfet de l’Hérault et les services de la Direction départementale de la protection des populations : "J’avais un rendez-vous cet après-midi avec monsieur le préfet et les services de la DDPP pour évoquer la situation, le protocole sanitaire, et répondre aux questions des éleveurs". Comme annoncé cet après-midi, pour 18 communes, la vaccination doit s’organiser rapidement : "Le but, c’est que la vaccination puisse débuter d’ici le milieu de cette semaine et qu’elle soit terminée d’ici la fin de la semaine". Au total, une dizaine d'éleveurs sont concernés par ces mesures : "Il y a exactement 13 éleveurs qui sont concernés. Donc d’ici la fin de la semaine, dans tous les cas, la vaccination sera terminée pour les éleveurs de ces 18 communes".

« Il n’y a pas une bonne solution »

Pour le président de la Chambre d’Agriculture, la situation reste extrêmement complexe : "C’est une situation dramatique. Il y a eu des questions qui ont été posées avec, c’est normal, beaucoup d’interrogations parce que, vous savez, il n’y a pas une bonne solution". Il insiste toutefois sur la nécessité d’empêcher la propagation du virus : "Il faut avoir du courage à faire respecter un protocole et éviter qu’il y ait une propagation de cette dermatose nodulaire contagieuse". Jérôme Despey rappelle l’enjeu patrimonial et économique de l’élevage bovin local : "Mon seul objectif, c’est de protéger nos éleveurs, protéger leur cheptel, protéger la race de Camargue, et de le faire de la bonne façon".

Vers une extension de la vaccination à tout l’Hérault

Cette volonté motive son déplacement à Toulouse pour rencontrer la ministre de l’Agriculture. Lors de cette réunion, il compte formuler une demande précise : "Je vais demander pour le département de l’Hérault l’extension de la zone vaccinale à tout le département de l’Hérault". Il s’appuie sur les échanges menés sur le terrain et sur des précédents récents : "Quand il y avait des départements où des communes étaient impactées, la ministre de l’agriculture a élargi la zone vaccinale".

Une inquiétude toujours vive sur le terrain

Alors que la vaccination obligatoire débute dans les communes classées en zone réglementée, la mobilisation des éleveurs se poursuit. Entre la peur de l’abattage total, l’urgence sanitaire et la nécessité de préserver des exploitations déjà fragilisées, le dossier de la dermatose nodulaire contagieuse cristallise aujourd’hui une tension durable entre le monde agricole et les pouvoirs publics dans l’Hérault. Affaire à suivre lorsque Jérôme Despey reviendra de Toulouse après son entretien avec Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture.