“Un millésime prometteur sur le plan qualitatif”, mais une récolte plombée par la chaleur d’août : l’Hérault vit une vendange 2025 paradoxale, révèle Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault et vice-président de la Fnsea. Les pertes, jusqu’à 30 % sur les cépages blancs, nourrissent la morosité des vignerons, déjà confrontés à une crise économique durable (prix en chute, consommation en recul, arrachages en série).
Dans ce contexte tendu, l’enquête PestiRiv, publiée ce lundi 15 septembre, met un nouveau coup de projecteur sur l’usage des pesticides, accentuant la pression sur la filière. Jérôme Despey, déplore “une accumulation de coups”.
Morosité dans les caves
Ces propos font écho à ce qu’il constate sur le terrain. Depuis le début de septembre, élus et représentants agricoles parcourent les caves du département pour prendre le pouls de la filière. Et le constat est amer : “Les vignerons avaient l’espoir d’une récolte normale après plusieurs années catastrophiques. Cet espoir a été plombé par le coup de chaud d’août. Résultat : baisse des volumes et moral en berne.”
Les difficultés s’accumulent : “Les coûts de production augmentent, les revenus restent inférieurs aux charges, et les prix de vente s’effondrent. Certains n’arrivent même plus à couvrir leurs frais d’exploitation”, résume Jérôme Despey.
Le président de l'Hérault, Kléber Mesquida, partageait cette inquiétude hier lors de son introduction à l'assemblée plénière du conseil départemental. “Nous avons vu des structures qui ne tiennent plus. Après l’arrachage, si rien n’est replanté, ce sont les garrigues et les incendies qui progressent. La viticulture n’est pas seulement une économie, c’est un équilibre pour nos territoires. La situation est vraiment inquiétante”
“On a l’impression d’être sacrifiés”
Pour Jérôme Despey, le problème est désormais structurel : “On a eu des aides ponctuelles - distillation, stockage, exonérations - mais on est passés d’une crise conjoncturelle à une crise durable.” Et il pointe du doigt l’Union européenne : “À Bruxelles, on a l’impression d’être sacrifiés au profit de l’acier, de l’aluminium ou de l’aéronautique. Les viticulteurs n’ont pas à payer pour des conflits qui ne les concernent pas.”
Il plaide pour un double accompagnement : “Ceux qui veulent quitter le métier doivent le faire dans la dignité, et ceux qui veulent rester doivent pouvoir investir dans des cépages résistants, dans la promotion, dans la conquête de nouveaux marchés.”
Et ajoute, inquiet mais combatif : “Il faut donner des perspectives à nos jeunes. La viticulture, ce n’est pas seulement du vin, c’est aussi la biodiversité, la prévention des incendies, l’identité de nos territoires. Si on laisse tomber ce secteur, on laisse tomber bien plus que des hectares de vignes.”
“Nous ne les utilisons pas par plaisir”
Interrogé sur les résultats de l'enquête PestiRiv, publiée ce lundi 15 septembre, Jérôme Despey a tenu à défendre la profession. “Si on peut se passer de produits phytos, on est les premiers à le demander. On n’emploie pas des produits phytos par plaisir. Ce sont des médicaments pour protéger le végétal”, affirme-t-il.
Le président de la chambre rappelle les efforts déjà engagés : “La viticulture est le secteur qui a le plus évolué : 21 % des surfaces sont en bio, 85 % en certification environnementale. Nous avons réduit les produits de synthèse, remplacés par du biocontrôle, et nous travaillons sur des alternatives comme la confusion sexuelle contre le ver de la grappe.”
Pour lui, l’essentiel est d’”accompagner la recherche et autoriser de nouveaux outils” : “Dire qu’on ne pourra plus protéger nos cultures, ce n’est pas possible. Pas pour les plantes, pas pour les animaux, pas pour les humains. On est dans le vivant, et dans le vivant, il faut des moyens de protection.”





