Hérault Tribune

"A force d'abattre, on va briser les éleveurs" : la colère agricole s'exprime à Vendargues

À l’appel de la Confédération paysanne de l’Hérault, des agriculteurs ont mis en place ce dimanche 14 décembre un barrage filtrant à Vendargues, à l’est de Montpellier. Ils dénoncent les campagnes d’abattage imposées pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse et réclament une autre stratégie sanitaire.

par Louise Brahiti

Publié le 14 décembre 2025 à 10h47 · Modifié le 7 janvier 2026 à 22h10

A Vendargues, les agriculteurs occupent le terrain ©L.B/Hérault Tribune

Tracteurs, bottes de paille et blocages temporaires : à l’entrée de l’autoroute, la colère agricole s’est installée ce dimanche. Si aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse n’a encore été détecté dans l’Hérault, les éleveurs redoutent de voir s’appliquer ici les mêmes méthodes qu’en Ariège, où des troupeaux entiers ont été abattus ces dernières semaines. Une mobilisation pensée pour durer.

A l'aube, l'appel du monde agricole

Il est 7 h 30, ce dimanche 14 décembre, sur le parking de l’espace de la Cadoule, à Vendargues. Les tracteurs arrivent au compte-gouttes. Des agriculteurs se saluent, échangent les dernières informations. Des bottes de paille sont prêtes à être chargées. C’est ici que débute la mobilisation héraultaise, à l’appel de la Confédération paysanne de l’Hérault. A 8h, ils se mettront en ordre de marche direction le rond-point situé à l'entrée de l'A709 et l'A9.

Avant de partir, un brief est organisé. Le cadre est clairement posé. Ralentir la circulation, rendre la contestation visible, mais sans aller à l’affrontement. Pas de dégradation, pas de bataille avec les forces de l’ordre, pas de récupération politique. “Les Français comprennent notre douleur, ils sont choqués par les méthodes employés. C'est une déclaration de guerre qu'on a vu en Ariège. Nous devons nous faire entendre, mais pas question de retourner l’opinion publique contre nous”, résume Nicolas Vitou, manadier et porte-voix ce matin. L’idée est d’occuper le terrain, pas de le brûler.

Front commun

Autour de la Confédération paysanne, plusieurs syndicats ont répondu à l’appel. Des membres de la Coordination rurale sont présents, tout comme des représentants des Jeunes Agriculteurs. Les profils sont variés : éleveurs bovins, viticulteurs, agriculteurs d’autres filières, mais aussi des citoyens venus apporter leur soutien. Ils ont fait de la route. Parmi eux, certains ont vu la lutte contre l’abattage en Ariège, et la défaite.

Dans les discussions, les voisins ariègeois reviennent souvent. Ces dernières semaines, plusieurs foyers y ont été détectés, entraînant l’abattage intégral de troupeaux, conformément aux règles sanitaires en vigueur pour cette maladie classée à éradication obligatoire. Des éleveurs présents à Vendargues racontent avoir assisté à ces opérations. Des centaines de bêtes abattues, parfois sans symptômes visibles. “Un massacre”, dit Morgane Bara, éleveuse et porte parole de la Confédération paysanne 34. Et surtout, “un traumatisme durable”.

"Un sentiment d'incompréhension"

La dermatose nodulaire contagieuse est une maladie virale qui touche exclusivement les bovins. Non transmissible à l’homme, elle entraîne, dès la confirmation d’un cas, l’abattage de l’ensemble du cheptel concerné. Une méthode que les manifestants jugent aujourd’hui "disproportionnée", d’autant plus que, selon eux, les annonces gouvernementales récentes ne répondent pas aux inquiétudes du terrain.

Samedi, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé une extension de la vaccination à près d’un million d’animaux supplémentaires dans certains départements placés en zone réglementée, notamment dans l’Aude. L’Hérault, où aucun cas n’a été détecté, reste pour le moment exclu de ces campagnes. "Une situation incompréhensible" pour Juliette Bougeault, éleveuse de vaches laitières au Caylar, qui réclame "une vaccination préventive pour les bêtes" avant l’arrivée éventuelle de la maladie.

"Une fatigue profonde"

Cette mobilisation intervient aussi dans un contexte de fatigue profonde du monde agricole. Plusieurs manifestants évoquent “l’enchaînement des crises, sans temps de répit” : négociations à venir autour du Mercosur, mobilisations récentes contre les accords de libre-échange, blocages de l’hiver dernier, difficultés économiques persistantes. Sur le rond-point, certains parlent d’un milieu “à bout”, avec la crainte d’une forme de découragement, voire de dépression, chez des éleveurs déjà fragilisés. La gestion de la dermatose nodulaire vient s’ajouter à ce climat tendu.

Certains dénoncent aussi un sentiment de culpabilisation, alimenté par des discours laissant entendre que les contaminations seraient dues à des pratiques illégales ou à des manquements individuels. “On a l’impression qu’on nous rend responsables d’un système qui nous dépasse”, partage l’un d’eux. Une défiance qui, selon les manifestants, fragilise encore un peu plus la relation entre l’administration et le terrain.