Depuis quelques semaines, un vent de renouveau souffle sur le commissariat de Sète. Aux commandes depuis le 5 mai, Marine Selles, 32 ans, nouvelle cheffe de la circonscription de Sète-Frontignan, s’installe progressivement dans ses fonctions. Derrière les grandes baies vitrées de son bureau encore encombré de cartons, la Niçoise d’origine prend ses marques, avec une vue imprenable sur les canaux. Ce lundi 16 juin, elle sera officiellement installée dans ses fonctions à 11h30 par Benoît Desmartin, directeur interdépartemental de la police nationale de l’Hérault.
Si elle n’est pas née dans la région, l’Hérault ne lui est pas étranger. Après son baccalauréat, elle s’installe à Montpellier pour y suivre des études de droit dès l’âge de 18 ans. “J’y ai fait mon master, plus une année préparatoire pour les concours de la police”, confie-t-elle. C’est en deuxième année qu’elle découvre sa vocation : “J’ai aimé l’idée d’être au service du public et d’aider la population par le biais de la sécurité.” Convaincue, elle passe les concours de gardien, officier et commissaire – et finit par intégrer en 2018 l’école de commissaires de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, après un premier échec et une année en classe préparatoire intégrée.
"Un tout nouveau challenge”
Depuis sa sortie de l’école en 2020, Marine Selles a multiplié les expériences. Elle débute comme adjointe au commissaire central d’Évreux (Eure), puis assure un intérim comme cheffe de circonscription et directrice départementale adjointe à Val-de-Reuil. En 2022, elle prend la direction du Nord, où elle devient adjointe cheffe de la division de Tourcoing, couvrant dix communes et 350 agents.
À Sète, le contexte est différent : un commissariat plus petit, avec environ 150 effectifs pour deux communes et quelque 70 000 habitants. Mais pour elle, c’est une véritable étape dans sa carrière. “C’est certes plus petit, mais je deviens cheffe de circonscription. C'est un tout nouveau challenge pour moi. Et j'aime ces commissariats à taille humaine où l’on connaît tout le monde et où l’on peut facilement discuter.”
Marine Selles fait donc preuve de lucidité sur ses nouvelles fonctions et les nombreux défis qui l’attendent. “Je ne vous cache pas qu’il y a une forme d’appréhension car il y a la volonté de bien faire.” Mais ses expériences précédentes l’ont préparée. “J’ai déjà été numéro un par intérim, sur des durées plus ou moins longues. Cela me donne de la confiance.”
Son retour dans le Sud s’explique aussi par un besoin personnel. “J’ai souhaité me rapprocher de mes proches qui sont plutôt dans le sud. Montpellier, où j’ai fait mes études, m’attirait et j’y ai beaucoup d’attaches. Et j’avais visité Sète comme touriste et j’avais adoré.” Mais elle découvre maintenant la ville sous un autre angle, avec ses réalités et défis sécuritaires.
Le port, la période estivale et les élections municipales
L’île singulière ne porte pas son nom au hasard et présente des problématiques spécifiques. Même si Marine Selles dit vouloir suivre d’abord les priorités fixées au niveau national par son ministère de tutelle comme la lutte contre le narcotrafic et l’immigration irrégulière. “On a un port ici, ce qui n’était pas le cas à Tourcoing qui avait une frontière belge. Les enjeux sont complètement différents et on doit travailler avec les douanes ou la police aux frontières (PAF).”
Elle cite l’exemple récent d’un décès à bord d’un bateau, où ses équipes sont intervenues “comme on le ferait dans un domicile”. Ou encore la découverte de deux voitures volées, prêtes à embarquer pour l’Algérie. “Les conducteurs ont été placés en garde à vue pour recel mais ont fait l’objet d’un classement sans suite”, précise la commissaire. "C’est un port qui est amené à prendre de l'envergure, donc on peut être amené de plus en plus souvent à y intervenir.”
Autre défi : la période estivale. “Les festivités de l’été amènent leur lot de challenges : afflux de population, comportements à risque, rixes, alcool, stupéfiants… Même avec les renforts prévus, il faut s’organiser.” Huit policiers de renfort sont attendus, avec une possible mobilisation d’éléments supplémentaire lors de grands événements comme la Saint-Louis.
Les prochaines élections municipales de 2026 s’annoncent déjà comme une autre période sensible dans les mois à venir. “C’est un moment où les gens s’expriment plus et se rassemblent. On aura aussi à gérer les sécurisations des bureaux de vote et les procurations.”
"La police ne peut plus fonctionner seule”
Marine Selles inscrit son action dans une approche fondée sur le travail en réseau et en partenariat. “La police ne peut plus fonctionner seule. Les partenariats sont essentiels : bailleurs sociaux, éducation nationale, élus, polices municipales, gendarmerie…” Une habitude qu’elle a prise dans le Nord, et qu’elle compte bien développer ici. “Notre génération a été très formée aux partenariats, ce qui n’était pas forcément le cas avant.”
Cette approche s’illustre déjà à l’Île de Thau, quartier sensible où les relations avec les équipes du GSRI (Groupement de sûreté résidentielle interbailleurs) sont fluides depuis déploiement en février dernier. “Ils nous appellent dès qu’ils constatent un comportement problématique. Dernièrement, ils ont assisté à une infraction et nous ont sollicités pour procéder à une interpellation.”
“Un trafic tente de se réimplanter”
Sur cette même île, le trafic de stupéfiants reste une priorité. “Il y a eu un gros travail réalisé par mon prédécesseur, Robert Saby, qui avait un solide bagage en police judiciaire que je n’ai pas nécessairement. Plusieurs points de deal ont été démantelés. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut relâcher la pression.”
Depuis son arrivée, Marine Selles a déjà connu son baptême du feu, avec des saisies de produits stupéfiants et des tirs entendus au niveau du Globe. “Il y a eu trois blessés, dont deux à l’arme blanche et un par balle au niveau du genou. Pour le moment, on suspect un règlement de compte entre deux bandes rivales sous fond de trafic de stupéfiants. Nous sommes en train d’auditionner les victimes et les témoins”, précise la commissaire, alors que personne n’était encore interpellé le 12 juin. “Un trafic tente de se réimplanter, ou s’est peut-être déjà réinstallé.” Un constat qui pousse la jeune commissaire à vouloir à son tour faire “de belles affaires” afin de laisser son empreinte à Sète.





