Dans le port de Sète, une rangée de remorques venues de Turquie à peine débarquées d’un navire roulier de la société DFDS sont alignées ce jeudi 13 novembre. Elles attendent pour être contrôlées par le tout nouveau camion scanner permanent des douanes, le SMBI (scanner mobile de basse intensité).
Tout doucement, l’agent au gilet jaune fluo tourne autour de la remorque pour passer aux rayons X la marchandise et avoir une image de ce qu’il y a à l’intérieur. Au moindre doute, une autre équipe ouvre la remorque pour vérifier qu’il n’y ait pas de stupéfiant, de tabac de contrebande ou de la contrefaçon.
“Avant on n’avait pas ces moyens, on devait ouvrir systématiquement les remorques. On passe de la préhistoire à la modernité”, se réjouit le préfet de l’Hérault, François-Xavier Lauch, qui demande ce camion depuis déjà deux ans. Un investissement de 1,3 millions d’euros qui a pu être réalisé par les douanes grâce à un financement européen.
Arrivé en janvier sur le port, il a été mis en service au mois de juin. Depuis, il est sorti deux à trois fois par semaine pour scanner les containers, passer à travers les bâches de métal pour voir s’il y a des matières suspectes. “C’est aléatoire mais on choisit aussi en fonction de la provenance et du type de marchandise”, explique un agent des douanes.
"Cibler des camions sans pour autant avoir à les vider"
En complément, un deuxième moyen de contrôle a été renforcé avec le camion scanner SMS (scanner mobile spécial) de plus grande capacité qui sera présent une fois par mois sur le port, contre une fois chaque trimestre auparavant.
L’énorme camion, présent sur le port de Sète depuis le lundi 10 novembre, a déployé un bras mécanique qui forme une arche sous laquelle passent les remorques et les voitures. La machine peut ainsi scanner les bâches, pare-chocs ou ailes de voitures. Dans toute la France, seuls deux camions de cette envergure circulent dans les ports mais aussi sur les routes et autoroutes.
“Ici ce sont des véhicules neufs qui viennent du Maroc, ça nous permet de vérifier que rien n’ait été caché dans le parechoc ou ailleurs”, explique l’agent des douanes en charge de l’opération.
“L'avantage de ces camions, c'est qu’on peut aller cibler des camions sans pour autant avoir à les vider. Donc on augmente notre capacité de contrôle sans embouteiller d'une manière disproportionnée le trafic commercial des entreprises et de tous les acteurs portuaires du site de Sète”, se réjouit Christophe Lainé, directeur interrégional des douanes d'Occitanie.
Trafics illégaux en augmentation
Un renforcement des contrôles qui est lié au fait que le port de Sète “est un port qui réussit”, se félicite M. Lauch. Augmentation des trafics de passagers vers le Maghreb, du trafic de marchandises, du trafic de fruits et légumes avec l'entrepôt Primever et du trafic de bétail.
“Quand on augmente les trafics de denrées et de passagers sur un port, on augmente les trafics de stupéfiants, de tabac, et l’entrée illégale de migrants”, constate le préfet, chiffres des douanes 2025 à l’appui : huit tonnes de tabac de contrebande saisies dans l’Hérault, dont 5 ou 6 dans le port, 5 tonnes de produits stupéfiants contre 3,5 tonnes l’année précédente et 800 000 objets de contrefaçon.
Et parmi les stupéfiants, la cocaïne est en pleine explosion : 30 tonnes ont été saisies au niveau national, la tonne dépassée en Occitanie. “Au printemps, on a saisi plus de 50 kg de cocaïne sur un bateau qui venait directement d’Amérique du Sud”, précise Christophe Lainé.
Les ports sont donc devenus un point d’inquiétude sur l’augmentation des trafics. Alors que les contrôles se sont durement renforcés dans les grands ports comme Marseille, le Havre ou Dunkerque, les trafiquants se sont rabattus sur les ports secondaires comme Sète.
"Ce port est identifié par les trafiquants"
“Ces derniers mois, on aussi fait des saisies d'armes. La police aux frontières a travaillé au démantèlement d'une filière d'immigration illégale, en lien notamment avec les équipages des différents bateaux qui sont dans ce port”, prend pour exemple M. Lauch.
Les autorités ont alors renforcé le contrôle des personnes à la frontière, qui est une frontière Schengen. “J’ai obtenu sur les mois d'été que nous ayons un tiers d'effectifs de policiers en plus pour contrôler un flux de passagers qui est en pleine explosion”, a annoncé le préfet M. Lauch. En 2025, le port a accueilli 300 000 passagers, qui vont ou reviennent du Maroc. Les passagers depuis ou vers l’Algérie sont aussi en augmentation. “C’est un tiers de trafic de plus depuis 2020”, indique le préfet.
“Ce port est identifié par les trafiquants. Nous aussi nous avons identifié ce port comme un lieu de passage pour les trafiquants et nous nous mettons à niveau, nous réagissons en augmentant les moyens de la douane et de la police aux frontières”, prévient le préfet.





