Hérault Tribune

“Pas de zones de non-droit, pas de zones d’oubli”, le commissaire Laurent Cozanet veut conjuguer fermeté et proximité à Béziers

Arrivé en poste quelques jours avant la féria, Laurent Cozanet, tout juste promu commissaire général, s’est retrouvé immédiatement plongé dans le bain biterrois. Ancien attaché de sécurité intérieure à Alger et ex-commissaire au 36, quai des Orfèvres, ce policier chevronné de 29 ans de carrière apporte à Béziers une expérience forgée entre services centraux, missions internationales et terrain. Pour lui, la réussite passe par la cohésion des acteurs publics et la constance de l’action.

par Elodie GREFFIN

Publié le 10 octobre 2025 à 19h02 · Modifié le 6 janvier 2026 à 22h51

Laurent Cozanet, commissaire de Béziers ©E.G. / Hérault Tribune

Dans un contexte national marqué par les questions de sécurité, trafics de stupéfiants, violences urbaines, insécurité du quotidien et après un été marqué localement par un guet-apens contre des policiers à la Devèze, le nouveau patron du commissariat détaille sa feuille de route. Renforcer la lutte contre les trafics, protéger les plus vulnérables et maintenir une présence visible et dissuasive sur le terrain en seront les priorités.

À travers des opérations « place nette » régulières, des fermetures administratives ciblées et une coopération étroite avec la police municipale, la gendarmerie et la mairie, Laurent Cozanet entend conjuguer fermeté et dialogue pour assurer la tranquillité publique sur l’ensemble du territoire biterrois, du centre-ville aux quartiers sensibles, en passant par les communes de Villeneuve-lès-Béziers, Cers ou encore Boujan-sur-Libron. Rencontre avec le commissaire Cozanet dans les nouveaux locaux du commissariat, où il s’est installé il y a quelques semaines seulement.

Hérault Tribune : En quoi vos expériences vous préparent-elles aux enjeux de sécurité d’une ville comme Béziers ?

Laurent Cozanet : J’ai désormais 29 ans de carrière comme commissaire de police, puisque c’est dans ce corps que j’ai intégré la police nationale, après deux années de scolarité à l’école nationale supérieure de la police, en région lyonnaise. L’essentiel de ma carrière s’est déroulé dans la police judiciaire, donc dans l’investigation spécialisée sur ce qu’on appelle le « haut du spectre » de la délinquance. J’ai également effectué environ dix années à l’étranger, dans le cadre de missions de longue durée en ambassade, en tant qu’attaché de sécurité intérieure, chargé des questions de coopération avec les autorités locales et de la représentation des intérêts français dans les enquêtes judiciaires ou la recherche de fugitifs.

Ces différentes expériences, menées dans divers pays du monde, mais aussi dans plusieurs régions de France, la région parisienne, Marseille, la Corse, m’ont beaucoup appris. C’est cet ensemble d’expériences cumulées qui me permet aujourd’hui d’avoir une certaine maturité professionnelle pour appréhender un spectre très large de problématiques, notamment celles liées à la sécurité quotidienne à Béziers et sur le littoral. Je crois que cette diversité m’a donné une hauteur de vue et une capacité d’adaptation utiles pour répondre aux missions qui m’attendent ici, à Béziers.

Dans votre carrière, vous avez gravi les échelons, jusqu’à être promu commissaire divisionnaire en ?

Effectivement, j’étais commissaire divisionnaire… mais je peux vous livrer un petit scoop, un arrêté du ministre de l’Intérieur, signé tout récemment, me promeut au grade de commissaire général. J’ai eu le très grand bonheur et le très grand honneur d’être promu à ce grade. Le tableau d’avancement vient tout juste de paraître.

Vous avez pris vos fonctions à Béziers juste avant la féria, une période particulièrement sensible sur le plan de la sécurité. Comment s’est passée cette première épreuve sur le terrain ?

C’était effectivement une épreuve, ou plutôt une expérience que j’avais souhaité vivre. Lorsque s’est posée la question de mon affectation après mon précédent poste, dont la fin a été quelque peu précipitée par les tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie, j’ai exprimé le souhait de prendre mes fonctions à Béziers avant la féria, justement pour vivre cette expérience dès mon arrivée et commencer par un moment fort de la vie locale.

Et je pense que ce fut un bon choix, cela m’a permis de m’immerger immédiatement dans la réalité biterroise, de comprendre les grands enjeux, de rencontrer de nombreux partenaires, et de piloter un dispositif de sécurité d’envergure lors d’un événement très fréquenté. Par chance, mais aussi grâce au travail de préparation déjà réalisé par mes prédécesseurs et à la coordination avec les différents services, notamment ceux de la mairie, la féria s’est extrêmement bien déroulée. C’est une expérience que je garde en excellent souvenir. Elle m’a permis de m’intégrer rapidement et d’aborder mes fonctions avec un regard concret sur le terrain. Cette première féria 2025 restera un moment marquant pour moi, que j’ai vécu avec optimisme et beaucoup d’envie de préparer la prochaine.

Vous succédez au commissaire Bellamy. Quelle continuité ou quels changements souhaitez-vous apporter dans votre manière de diriger les services ?

Chaque commissaire imprime naturellement sa personnalité à la direction de son service. M. Bellamy avait un parcours différent du mien, avec d’autres expériences. Pour ma part, j’ai une variété de parcours et de situations auxquels j’ai été confronté, et j’ai envie de mettre tout cela au service du commissariat de Béziers et de la population dont j’ai la responsabilité. Je n’ai pas de volonté de rupture. Mon objectif est de m’inspirer des bonnes pratiques mises en place avant moi, de prolonger ce qui fonctionne, tout en enrichissant la démarche avec ma propre expérience, ma sensibilité et mon mode de management, dans le dialogue avec mes collaborateurs et les partenaires extérieurs au service.

Quelles sont vos priorités pour les mois à venir à Béziers ?

Elles sont nombreuses, mais si je devais être synthétique, je dirais que la première est interne, il s’agit de prendre pleinement possession des nouveaux locaux dans lesquels je vous reçois aujourd’hui. Ce commissariat est récent, spacieux, fonctionnel, et nous en sommes très fiers. Il nous faut maintenant nous l’approprier et en faire un lieu exemplaire d’accueil du public.

Sur le plan thématique, la première priorité reste le traitement rapide et efficace des violences intrafamiliales. Il s’agit de protéger les personnes vulnérables, femmes, enfants, et d’interpeller sans délai les auteurs. La deuxième grande priorité est la lutte contre les trafics, en particulier de stupéfiants, qui minent la vie de nos quartiers. Cela passe par une présence visible sur le terrain pour gêner les trafics, mais aussi par des enquêtes judiciaires approfondies, menées sous l’autorité du parquet, pour démanteler les réseaux et atteindre les donneurs d’ordres. La troisième priorité concerne la sécurité routière. Nous menons des opérations de prévention, de contrôle et de répression pour lutter contre les comportements dangereux, conduite sous stupéfiants ou alcool, excès de vitesse, non-respect du code de la route. Ces actions ne visent pas à sanctionner pour sanctionner, mais à sauver des vies.

Cet été, un guet-apens contre des policiers à la Devèze a marqué les esprits. Quelles mesures ont été prises depuis pour renforcer la sécurité dans ce quartier ?

Notre mission est d’assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire de Béziers et des communes voisines, pas uniquement dans un quartier. La Devèze présente effectivement certaines difficultés, comme d’autres secteurs sociologiquement comparables, mais elle ne concentre pas à elle seule toutes les problématiques. L’incident de juillet, survenu avant ma prise de fonction, est vraisemblablement une réaction à une action de police efficace contre les trafiquants. Ce type de réaction ne nous impressionne pas. Globalement, les phénomènes de violences urbaines à Béziers restent contenus et relativement limités. Nous pouvons, si nécessaire, bénéficier de renforts extérieurs pour renforcer notre présence. Notre objectif est d’être visibles partout, à toute heure, avec des interventions variées et coordonnées, de jour comme de nuit, afin d’assurer une sécurité homogène sur tout le territoire.

On a vu récemment des opérations “Place nette” et des fermetures administratives. Quels en sont les résultats concrets ?

Ces opérations, menées en partenariat avec la police municipale, les douanes, la DDFIP, l’inspection du travail et d’autres services, ont d’abord un effet de visibilité. Elles sont reconduites régulièrement, de façon ciblée, sur certains secteurs, sur les débits de boissons ouverts tard, ou sur des activités délinquantes spécifiques. Leur objectif est d’apporter une réponse forte et marquée, avec des moyens concentrés, pour résoudre durablement des situations problématiques. D’autres opérations de ce type auront lieu prochainement, selon les diagnostics que nous établirons.

Disposez-vous des moyens nécessaires pour assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire, y compris les villages alentours ?

Nous travaillons dans une logique de coproduction de la sécurité, ou de continuum de sécurité. La police nationale est un acteur central, mais elle n’est pas seule. Nous agissons en partenariat étroit avec la police municipale, qui dispose de moyens techniques, humains et matériels importants, notamment la vidéoprotection, un outil essentiel à la fois pour la prévention et pour l’élucidation des faits de délinquance. Nous ne prétendons pas assurer seuls la sécurité de Béziers. Nous le faisons en coordination permanente avec tous les acteurs concernés, dans une logique d’efficacité partagée et de cohérence sur l’ensemble du territoire.

Vous travaillez aussi en lien avec la mairie mais aussi avec le parquet ?

Absolument. L’action de la police s’inscrit strictement sous une double autorité : administrative incarnée par la préfecture et le sous préfet d'arrondissement, qui nous donne des instructions générales et des instructions plus ponctuelles en fonction des circonstances et l'autorité judiciaire incarné par le procureur de la république. Les opérations conjointes que nous menons, qu’elles soient thématiques ou territoriales, se font quasi systématiquement sur réquisitions du procureur. Nous appliquons la politique pénale définie par le parquet. L’essentiel, c’est que la circulation de l’information entre tous les acteurs soit fluide, pour être réactifs, anticiper certains phénomènes et agir efficacement.

La démarche partenariale est importante pour vous ?

Oui, elle est essentielle, c’est la clé de la production de sécurité au profit du citoyen. Il y a d’ailleurs une initiative particulièrement intéressante, qui mérite d’être mise en avant. Il s’agit de l'ouverture prochaine d’un centre police jeune, qui sera animé par des fonctionnaires de police dans des locaux mis à disposition par la mairie. Ce centre nous permettra de travailler avec une population scolaire identifiée, en lien avec les responsables des établissements de Béziers, et présentant des difficultés particulières en matière de discipline et de sécurité. C’est un bel exemple de ce que la police nationale à Béziers souhaite développer, en partenariat avec l’éducation nationale et avec l’appui logistique de la mairie pour l’encadrement des jeunes. C’est une démarche à la fois préventive et, d’une certaine manière, réparatrice, puisqu’elle vise aussi à rattraper des situations de grand absentéisme, voire d’exclusion scolaire.

Vous travaillez donc également en lien avec les chefs d’établissement ? La sécurité des élèves fait-elle partie de vos priorités ?

Oui, bien sûr. J’ai d’ailleurs eu l’occasion d’en discuter avec les représentants de l’éducation nationale et le sous-préfet récemment. Pour nous, la sécurité dans les établissements scolaires est une priorité absolue. Si je ne devais en retenir qu’une parmi toutes nos priorités, ce serait sans doute celle-ci, faire en sorte que les écoles restent des lieux de savoir et de transmission des connaissances, et non des espaces de violence ou d’inquiétude. Notre approche est concentrique. Le premier cercle d’attention, c’est l’établissement lui-même. Nous y menons des actions avec nos personnels : diagnostics de situations conflictuelles (entre élèves, entre parents d’élèves, ou avec le personnel), médiations, et sensibilisation à différents dangers, les produits stupéfiants et les conduites addictives, le cyberharcèlement, le harcèlement en général, ou encore les risques liés à Internet et aux réseaux sociaux.

Ensuite, nous élargissons notre champ d’action à l’environnement proche des établissements scolaires, avec une présence visible et des opérations de contrôle, menées principalement par les personnels de l’éducation nationale, mais auxquelles nous apportons notre appui. Nous effectuons également des surveillances discrètes, avec des policiers en civil ou des équipes spécialisées en anticriminalité et en lutte contre les stupéfiants, pour repérer d’éventuels fauteurs de troubles ou trafics aux abords des établissements. Nous menons aussi des opérations ponctuelles dans cet environnement, contrôles de débits de boissons, de commerces qui vendraient du tabac ou des produits dérivés sans autorisation, ou d’autres lieux proposant des produits attractifs pour les jeunes. Nous participons à des actions plus larges, à vocation transversale, de communication et de sensibilisation. Cela passe notamment par le futur centre police jeune, mais aussi par des journées de présentation des métiers de la police et des forces de sécurité intérieure. Chaque année, plusieurs événements de ce type sont organisés. Dans quelques semaines, avec mon collègue, le commandant de la compagnie de gendarmerie de Béziers, nous participerons à une après-midi de présentation des métiers de la police et de la gendarmerie, ainsi que des grands enjeux de sécurité, auprès d’élèves du lycée Henri-IV.

À l’échelle nationale, on parle beaucoup de narcotrafic. Comment Béziers se situe-t-elle dans ce contexte ?

Béziers n’échappe pas totalement aux tendances nationales, mais la situation y reste globalement maîtrisée. La concentration de moyens et la coordination locale nous permettent de circonscrire les phénomènes avant qu’ils ne prennent une ampleur plus inquiétante. Les statistiques montrent d’ailleurs une évolution plutôt positive. Il reste des domaines sur lesquels nous avons peu de prise, notamment les violences non crapuleuses ou intrafamiliales, dont les causes sont profondes et sociétales. Notre rôle est d’agir le plus précocement possible, avec réactivité, pour éviter l’aggravation des situations et protéger les victimes.

Pour conclure, quels sont les grands axes de votre feuille de route pour la fin 2025 et l’année 2026 ?

Nous allons dans la continuité, entretenir et renforcer les partenariats, rester à l’écoute des habitants et de leurs préoccupations en matière de sécurité, et multiplier les opérations de visibilité sur la voie publique. Cette présence quotidienne est essentielle, elle rassure, elle dissuade, et elle démontre concrètement que la police nationale est pleinement investie au service des biterrois et de la tranquillité publique.