Hérault Tribune

Montpellier : quartier Saint-Paul, l’État et la police veulent bannir les trafiquants de drogue

Mercredi 6 août, en plein après-midi, une soixantaine de policiers et CRS ont bouclé le centre commercial Saint-Paul, dans le quartier de la Mosson. Objectif : sécuriser le périmètre, procéder à des interpellations et notifier plusieurs “interdictions de paraître” à des personnes impliquées dans le trafic local. Une première à Montpellier.

par Louise Brahiti

Publié le 6 août 2025 à 18h59 · Modifié le 6 janvier 2026 à 22h54

Une soixantaine de policiers et CRS ont bouclé le centre commercial Saint-Paul à Montpellier ©L.B/Hérault Tribune

Ce n’est habituellement pas l’heure des descentes. Il est 16h30, ce mercredi, quand les fourgons banalisés déboulent d’un coup dans les allées du centre commercial Saint-Paul, côté Hauts-de-Massane. En quelques secondes, les policiers encerclent le site, bloquent les entrées, quadrillent les galeries couvertes. Un chien de la brigade cynophile renifle les abords. Tout est allé très vite. Trop vite pour certain. Sur le parking, un homme sprinte. Il saute au-dessus d’un buisson, tente de gagner la rue. Rattrapé. Il fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). C’est la première image de l’intervention. D’autres suivront. Au total, cinq personnes sont interpellées.

Une arme nouvelle

Adoptée récemment, la loi “narcotrafic” ouvre un nouveau front dans la lutte contre le trafic de stupéfiants : fermeture accélérée de commerces, expulsions facilitées et désormais interdictions de paraître. “C’est la première fois qu’on applique ces interdictions de paraître à Montpellier. C’est un vrai test grandeur nature. Notre objectif est de couper les réseaux de leurs points d’ancrage territoriaux”, affirme Thibaut Félix, sous-préfet de l'Hérault. Il ne s’agit pas de remplacer le travail judiciaire, mais d’agir vite, là où la présence de certaines personnes participe à la structuration du trafic.”

Pendant l’opération, une vingtaine de jeunes observent, de part et d’autre. Pas de tension, pas de provocation. Juste la scène du jour. L’un d’eux s'adresse directement aux policiers : “Les bonnes personnes, celles que vous voulez, elles ne sont pas là.” Pourtant, parmi les interpellés du jour, un visage familier : “Il y avait quelqu’un qui n’avait pas respecté son interdiction de paraître", confirme le commissaire divisionnaire François Bargel, avant de rappeler que cette infraction à l'interdit est "un délit pénal, passible de six mois de prison".

Une approche chirurgicale

Il confirme la stratégie : “On ne fait plus que contrôler ou disperser. Aujourd’hui, on frappe fort, là où ça fait vraiment mal : exécutions des OQTF, délivrance d’interdictions, saisies ciblées.”

Sur le quartier Saint-Paul en particulier, ce sont six personnes identifiées comme “lieutenants du trafic” qui se sont vues notifier une interdiction de paraître dans un périmètre défini autour du centre commercial, pour une durée d’un mois, “renouvelable si nécessaire”.

Un combat difficile

Malgré les nouveaux outils déployés, la lutte contre le trafic de stupéfiants semble interminable. Le sous-préfet ne le cache pas : “C’est une bataille extrêmement complexe et de longue haleine, d’autant que les consommateurs, parfois profondément addicts, qui continuent de chercher ces produits.

Pourtant, il souligne les progrès accomplis : “Les gérants de ce point de deal ont été placés en détention. Les auteurs des violences récentes ont été condamnés ce lundi à des peines de 3, 4, voire 7 ans. Mais malgré cela, les points de deal persistent. La loi narcotrafic nous offre des outils puissants et innovants qui nous permettent d’agir rapidement et localement, sans attendre les longues procédures judiciaires.”

Preuve que la bataille est loin d’être achevée. Après à peine 30 à 40 minutes sur place, tout s’emballe et la police plie bagage. La raison ? On ne la dévoile pas, invoquant "le secret de l’instruction". Dans les talkies, on capte un murmure : “On lance la phase 2.” Affaire à suivre.